"Waiting For The Sun" - The Doors

"Waiting For The Sun" - The Doors
Généralement, on considère cet album comme le moins accompli des six albums studio des Doors. C'est effectivement le cas. Je dois dire, me concernant, qu'au départ, je ne supportais pas cet album. Il n'y à que trois chansons que j'aimais, à la base, dessus : Not To Touch The Earth, Five To One et The Unknown Soldier (au demeurant, de loin les meilleures du disque). Mais avec le temps, j'ai appris à apprivoiser Waiting For The Sun. Si je ne le compte pas comme étant mon préféré, ni le meilleur, des Doors, je le place en troisième position dans mon classement des six albums du groupe, en terme d'écoutes et d'appréciation (derrière The Soft Parade et L.A. Woman, et juste devant Strange Days).
Si j'ai pu dire, dans des articles précédents concernant ce groupe, que je n'aimais pas cet album, veuillez donc noter que seuls les cons ne changent pas d'avis ! Et je ne suis pas con. Dont acte ! Je change d'avis.
Il faut dire que ce disque, le troisième album studio des Portes, est décevant au premier abord. 11 titres, pour seulement 33 minutes (et de justesse), ça fait vachement peu. L'album, de plus, démarre par deux chansons d'amour, Hello, I Love You et Love Street. Si la première est assez chiante, la seconde, plus aboutie, est très belle. Puis on passe au gros morceau, Not To Touch The Earth, sans doute ma chanson préférée des Doors (en tout cas, dans mon Top 3 personnel des chansons du groupe), et radicalement différente des deux précédentes. Une chanson tribale, violente, limite effrayante (Morrison hurle comme un damné par moments, et déclame ses textes comme un shaman chargé de LSD).
A la base, Waiting For The Sun devait s'appeler The Celebration Of The Lizard, et aurait du contenir une pièce montée musicale du même nom, suite de chansons qui aurait occupé toute une face. Not To Touch The Earth est la seule des chansons de cette suite à avoir survécu, et à se trouver sur l'album final. Le groupe a en effet décidé au dernier moment de ne pas mettre cette suite musicale, qui sera pourtant jouée live (sur le double live Absolutely Live) dans sa totalité. On trouvera les paroles de la suite dans le livret (et pochette intérieure, vinyle) de Waiting For The Sun. L'album a donc été renommé Waiting For The Sun suite à l'avortement de l'installation de la suite sur l'album. Le titre définitif de l'album vient d'une chanson qui, curieusement, ne sera pas conservée à l'époque (mais se retrouvera sur Morrison Hotel, 1970). La même chose (chanson-titre d'album non utilisée pour l'album et réemployée plus tard) arrivera aussi à Queen et Led Zeppelin, au passage, pour l'anecdote débile et sans intérêt.
Bon, on reprend la route de la critique de l'album, hein ? Et que dire au sujet de Waiting For The Sun ? Album possédant une forte ambiance 'début de nuit d'été' (c'est en tout cas ainsi que je le ressens), et ça sera le dernier album des Doors à posséder une ambiance de la sorte (en effet, les trois albums suivants, pour excellents qu'il sont, ne possèdent pas d'ambiance, ce sont des albums de chansons, ni plus ni moins). Chansons guillerettes (We Could Be So Good Together, que je déteste, Wintertime Love) ou tristounettes (Summer's Almost Gone, Yes, The River Knows), l'album propose des chansons d'amour, principalement, mais plonge quand même un peu dans le shamanisme (Not To Touch The Earth, donc, et My Wild Love et ses claps, la voix de Morrison - autre chanson que je hais sur l'album). L'album se permet une incartade flamenco acoustique avec Spanish Caravan, superbe. Mais la violence rôde. Spanish Caravan dégénère en rock pur (ça fait penser à la chanson Innuendo de Queen, ce flamenco virant au rock). Not To Touch The Earth finit en apocalypse terrifiante (et on entend Morrison murmurer I am the Lizard King, I can do everything... juste à la fin). The Unknown Soldier, après son cultissime break militaire (encore plus culte sur scène), part en violence, surtout concernant la voix de Morrison. Ce titre farouchement antimilitariste est énorme. Morrison hurle presque à la fin de My Wild Love, et il le fait à la fin de Hello, I Love You. Violence, on vous dit.
Et il y à le cas Five To One.
Légende urbaine apparemment authentique : Morrison, quelques minutes avant d'enregistrer, en une prise unique, les voix de ce titre démoniaque, aurait tringlé une groupie par tous ses orifices avec un pote, et aurait vainement essayé de faire participer les trois autres Doors à ce que l'on appellera communément un gang bang. Refus des autres. Morrison, chargé de LSD et d'alcool, complètement fucked up, aurait titubé vers les micros, et glapi les paroles de Five To One. En écoutant le morceau, on se rend compte de la voix brouillée du chanteur, de ses marmonnements, de sa rage incroyable, de sa voix de poivrot. Apparemment, légende authentique, comme celle de Morrison se faisant flûter tout en chantant You're Lost, Little Girl, lors de son enregistrement en 1967. Sacré Jim !
Tout Waiting For The Sun n'est pas parfait, mais ce qui est parfait ici est vraiment époustouflant. 5 classiques (Spanish Caravan et Love Street à rajouter aux trois chansons que je disais adorer dès le départ), 4 chansons très bonnes mais pas essentielles, et 2 chansons ratées (My Wild Love, We Could Be So Good Together) en font un album attachant, atypique, à la fois angoissant et reposant. Typiquement doorsien, aussi. Il ne sera jamais mon chouchou, mais je l'aime de plus en plus à chaque écoute. Et pourtant, vu ce que j'en pensais autrefois, c'était pas gagné !!

FACE A
Hello, I Love You
Love Street
Not To Touch The Earth
Summer's Almost Gone
Wintertime Love
The Unknown Soldier
FACE B
Spanish Caravan
My Wild Love
We Could Be So Good Together
Yes, The River Knows
Five To One
# Posté le samedi 04 juillet 2009 10:38
Modifié le samedi 04 juillet 2009 11:00

"The Golden Scarab" - Ray Manzarek

"The Golden Scarab" - Ray Manzarek
En 1973, Ray Manzarek, claviériste et occasionnellement bassiste des Doors, décide de se la jouer solo. Depuis la mort de Jim Morrison en 1971, les Doors ont sorti deux albums enregistrés à trois, avec Manzarek et le guitariste Robbie Krieger aux parties vocales : Other Voices en 1971, et Full Circle en 1972, tous deux très méconnus et sous-estimés (je reconnais quand même qu'ils sont loin d'être du niveau des six albums avec Morrison). En 1973, Manzarek, avec l'aide de plusieurs musiciens de grand talent (entre autres, le batteur Tony Williams, les guitaristes Joe Walsh et Larry Carlton, le bassiste Jerry Scheff qui a participé à l'album des Doors L.A. Woman), se lance en solo. Chant plus claviers divers, plus composition sont assurés par Ray le binoclard.
Ce premeir album solo sort en 1974, et s'appelle The Golden Scarab. Album-concept faisant indéniablement partie des meilleurs du genre, cet album est scandaleusement oublié depuis plusieurs années, et n'avait pas été édité en CD jusqu'en 2004. C'est un disque étrange, mélangeant rock, jazz, rock progressif, salsa, rumba et mélodies exotiques, avec une forte attirance, la pochette le prouve, pour l'Egypte et l'occulte. Rien que le morceau-titre commence par une énumération de personnalités de l'Egypte antique : Amenhotep, Akhenaten, Nefertiti, Tutanhkamun/All your life is sunlight/Osiris is the night/Aten of the daylight/Bring your golden life. Le morceau, long de plus de 6 minutes, est une splendeur étrange, sur laquelle la voix grave de Manzarek fait des merveilles (The Dream, the Sun, the One). Le titre de l'album fait bien évidemment référence au fameux talisman de l'Egypte antique, le Scarabée, symbole de Khepera, symbole du soleil et de la réincarnation.
L'album est assez étrange, il faut plusieurs écoutes pour bien s'y plonger. Presque tous les morceaux démarrent par une petite introduction narrative (très courte, une phrase ou deux) de Manzarek, pour accentuer encore plus le fait du concept-album. Solar Boat fait référence aux Doors (notamment à Moonlight Drive) et contient un beau solo de guitare de Larry Carlton. Downbound Train est à moitié signé Chuck Berry, car inspiré par la chanson de Berry. He Can't Come Today est très particulier, surtout pour un titre d'ouverture (We need a leader, we need a master/We can't do it all on our own/We need a guru, we need a boo hoo/We're afraid of being alone, comment ne pas y voir une allusion à Jim Morrison, d'ailleurs ?). The Moorish Idol est un instrumental dont le titre ressemble au nom de famille du fameux leader des Portes. Oh Thou Precious Nectar Filled Form (or) A Little Fart est un morceau salsa/rumba étonnant qui termine l'album sur une note encore plus étrange que celle qui l'ouvre avec He Can't Come Today.
Vrai mode d'emploi de la pensée New Age, The Golden Scarab est un disque puissant, essentiel et vraiment atypique.


FACE A
He Can't Come Today
Solar Boat
Downbound Train
The Golden Scarab
FACE B
The Purpose Of Existence Is ?
The Moorish Idol
Choose Up And Choose Off
Oh Thou Precious Nectar Filled Form (or) A Little Fart
# Posté le samedi 04 juillet 2009 07:17
Modifié le samedi 04 juillet 2009 07:32

"Flagrant Délit" - Johnny Hallyday

"Flagrant Délit" - Johnny Hallyday
Dernier volet de la trilogie rock (enfin, c'est ainsi que je vois ces trois albums) de Johnny Hallyday, Flagrant Délit date de 1971. Il fait suite (toujours selon moi) à Rivière...Ouvre Ton Lit de 1969 et à Vie de 1970, tous deux très rock dans l'âme (et sensationnels). Sur ce disque, Johnny est accompagné de Mick Jones (guitare, futur Foreigner), Tommy Brown (batterie), Hugh McCracken et Jerry Donahue (guitare), Pat Donaldson (basse), Bobby Keyes (saxo, ce mec a collaboré et continue de le faire avec les Rolling Stones), Jim Price (trompette, même remarque que pour Bobby Keyes) et, dans les choeurs, Nanette Workman (future de Starmania) et Doris Troy, entre autres. Bref, une bonne équipe !
Sur les 10 titres, deux ont été écrits par Hallyday et l'écrivain/journaliste/réalisateur Philippe Labro (Tant Qu'il Y Aura Des Trains et L'Autre Moitié, chanson sur la misère et les quartiers pauvres). Les 8 autres ont été traduites de l'anglais par Labro lui-même. Fils De Personne est une adaptation du classique Fortunate Son de Creedence Clearwater Revival, Fille De La Nuit est une adaptation du Delta Lady de Leon Russell, que Joe Cocker a magnifiquement chanté sur son double live Mad Dogs & Englishmen (sur lequel Leon Russell collaborait) en 1970... Ces deux adaptations de deux classiques sont vraiment excellentes.
Le principal défaut de ce disque (et de pas mal de disques de rock chantés en français) réside dans les paroles. On le sait, le rock est simple, raw, brutal, il ne s'embarrasse pas de textes philosophiques. On le sait, des chansons comme Whole Lotta Love (Led Zeppelin) ou Come On Ev'rybody (Eddie Cochran) sont assez connes, niveau paroles. Mais à moins d'être anglophone ou de comprendre cette langue, on ne s'en rend pas compte (et même : on s'en cogne). Problème ici : Johnny chante en français, et on se rend immédiatement compte de la stupidité, de la banalité de certaines paroles (En vérité je vous le dis/Vous vivez tous en flagrant délit/Flagrant délit de jeunesse/C'est un péché plus sérieux que l'ivresse sur Flagrant Délit, ou bien encore Si vous croyez que tout le monde/Prend des avions rouges et blancs...et blancs/Et qu'il y à des téléphones/Dans tous les appartements/Allons un peu de l'autre coté/Pour voir comment vit l'autre moitié sur L'Autre Moitié).
Des paroles qui font un peu téléphonées, basiques, banales. Mais la musique, elle, est vraiment parfaite, c'est un déluge rock, ça déchire, et les 36 minutes de l'album passent comme un recommandé. Avec sa pochette assez réussie et amusante (Johnny piégé - en flagrant délit ? - dans le pavé, un peu l'ancètre de la congélation au carbone de Han Solo dans L'Empire Contre Attaque), Flagrant Délit s'impose comme un des meilleurs albums de Johnny, et même, sans doute, son dernier chef d'oeuvre absolu (certains de ces disques suivants, notamment Rock'n'Roll Attitude de 1985, seront très bons, ceci dit).

FACE A
Flagrant Délit
Fils De Personne
Oh ! Ma Jolie Sarah
Il Faut Boire A La Source
Fille De La Nuit
FACE B
Si Tu Pars La Première
L'Autre Moitié
La Loi
Que J'Aie Tort Ou Raison
Tant Qu'il Y Aura Des Trains
# Posté le jeudi 02 juillet 2009 06:07
Modifié le jeudi 02 juillet 2009 10:08

"Les Paradis Perdus" - Christophe

"Les Paradis Perdus" - Christophe
Troisième album de Christophe, Les Paradis Perdus, sorti en 1973, est non seulement son meilleur (quoique son album suivant, Les Mots Bleus, soit lui aussi sensationnel), mais aussi un des meilleurs albums de chansons française de l'histoire. L'illustration ci-contre est celle du vinyle original. Malheureusement, l'album a été réédité sous une pochette photographique verdâtre très moche !
Ce disque court (même pas 30 minutes pour les 8 titres) est essentiel. On sent Christophe (Daniel Bevilacqua de son vrai nom) totalement inspiré par la scène rock psychédélique et planant anglaise : Pink Floyd, King Crimson, Genesis...Non pas que Les Paradis Perdus soit un disque progressif, loin de là. Mais les sonorités sont assez modernes (pour l'époque), et radicalement différentes de ce que le chanteur (et les artistes français, Gainsbourg excepté) avait l'habitude de faire (rappelez-vous de la scie ultra connue Aline...).
En 1973, Christophe, objectivement, n'est rien, ou presque rien. Gros vendeur de disques dans les années 60, avec Aline et son premier album, il a ensuite fait la musique d'un film oublié et peu réussi, La Route De Salina, puis, est retombé dans un oubli léger. Un peu, mais pas totalement, has-been. Ce disque ne sera pas un succès monstrueux (il faudra attendre Les Mots Bleus, avec Les Mots Bleus et Senorita, pour avoir du succès), mais avec l'aide de Jean-Michel Jarre, Christophe parvient quand même à imposer sa vision de la chanson française.
Que trouve-t-on sur l'album ? 8 titres, soit très courts (Avec L'Expression De Mes Sentiments Distingués ne dépasse pas 2 minutes, il ne les atteint même pas), soit longs (la chanson-titre), tous inoubliables. Les Paradis Perdus, surtout, chanson que l'on retrouvera dans le film Quand J'Etais Chanteur de Xavier Gianolli, au passage. Une chanson belle à pleurer, sommet de la carrière de Christophe, qu'il interprète toujours sur scène, toujours d'une manière totalement bouleversante.
La voix fine, légère, presque enfantine de Christophe s'associe parfaitement à la beauté des textes et mélodies. Voilà de quoi faire de ces Paradis Perdus un sommet inaltérable dans la chanson française et dans la musique en général.

FACE A
Avec L'Expression De Mes Sentiments Distingués
Emporte-Moi
Mama
Du Pain Et Du Laurier
FACE B
Mickey
Les Paradis Perdus
Le Temps De Vivre
Ferber Endormi
# Posté le mardi 30 juin 2009 11:24
Modifié le mardi 30 juin 2009 11:38

"Comin' Thru" - Quicksilver Messenger Service

"Comin' Thru" - Quicksilver Messenger Service
Cet album est généralement ignoré, mal-apprécié, car sorti à une période assez difficile pour le groupe Quicksilver Messenger Service. En effet, leur leader/guitariste, John Cipollina, ne faisait alors plus partie du groupe, l'ayant quitté en 1970 pour fonder son propre groupe, l'éphémère et grandiose Copperhead (qui ne fera qu'un seul album, éponyme, premier article abordé sur mon blog). En 1972, Quicksilver Messenger Service (QMS pour aller plus vite) sort l'album Comin' Thru, ce disque donc.
Pochette assez belle (enfin, je trouve), et seulement 7 titres (pour 36 minutes) pour un résultat que je ne suis pas loin de considérer comme étant un des meilleurs albums West Coast/acid rock jamais faits. Pas l'album le plus connu de QMS, probablement pas leur meilleur (Happy Trails est sans doute le sommet), mais ne m'en veuillez pas si, malgré l'absence de Cipollina, Comin' Thru est mon favori du groupe. Il contient vraiment de très bonnes chansons, comme ce Doin' Time In The U.S.A. qui ouvre à merveille le disque.
Chicken peut sembler pas terrible, et est en effet le moment un peu banal du skeud.
Certes, on pourra reprocher au disque de ne pas être très original : c'est rock, remuant, on trouve à peu près tout ici (blues, morceaux plus vifs et quasiment stoniens), mais ça semble aussi être interprété par un groupe de seconde catégorie, un groupe de bar, de gala. Cipollina manque, le guitariste l'ayant remplacé n'est vraiment pas aussi talentueux, aussi puissant. Mais il n'empêche, des titres comme Changes ou Mojo déchirent vraiment, et si le disque est simpliste, il n'en demeure pas moins très bon.
Comin' Thru est donc un disque à conseiller aux amateur de rock californien façon Eagles. On pourra juste reprocher l'usage parfois intempestif de cuivres, qui peuvent alourdir les morceaux. La voix du chanteur, Dino Valenti, est pas mal, aussi, mais on pourra trouver mieux. Un peu énervante par endroits (Chicken). Bref, Comin' Thru n'est pas exempt de défauts. Est-ce pour cette raison, et pour le fait aussi de son manque de reconnaissance, que je l'adore autant ?


FACE A
Doin' Time In The U.S.A.
Chicken
Changes
California State Correctional Facility Blues
FACE B
Forty Days
Mojo
Don't Lose It
# Posté le lundi 22 juin 2009 05:18
Modifié le jeudi 02 juillet 2009 07:22